Interview

Stéphane HOUDET : « Ce qui est impossible, je le ferai »

Chez FACIL’iti, soutenir l’inclusion n’est pas un effet de mode mais un engagement depuis nos débuts. Parce que nos visions se rejoignent, nous avons interviewé Stéphane HOUDET, champion international de tennis fauteuil, qui s’est confié avec sincérité et humanité. Un beau message de vie.

Stéphane Houdet – crédit photo @Hannie Verhoeven

Son palmarès est impressionnant : quatre médailles aux Jeux Paralympiques dont deux en or, vainqueur de vingt-trois tournois du Grand-Chelem, actuel numéro 3 mondial en simple et numéro un en double (il a déjà occupé la première place en simple pour la première fois en 2012)… Le parcours de Stéphane Houdet est hors du commun. Au-delà de ces exploits sportifs, Stéphane est avant tout un homme aux valeurs très fortes, porteur d’une rare bienveillance.

Bonjour Stéphane. Le 9 août 1996, votre vie bascule suite à un grave accident de moto qui vous fait perdre l’usage d’une jambe. Qu’est-ce qui vous a donné la force de surmonter cette épreuve ?

S.H : « Ce jour-là, je double une voiture qui ne me voit pas et qui se déporte sur la gauche pour doubler à ce même instant des cyclistes. Je me retrouve bloqué sur la file de gauche et percute la voiture qui arrive en face, au niveau de mon genou. Depuis cet instant, j’ai toujours pensé qu’à quelques petits centimètres près, je passais entre les deux voitures mais aussi qu’à quelques autres centimètres près, je prenais la voiture de face et j’y passais. Donc ma jambe, ce n’est qu’un  moindre mal. Je me suis rendu compte à vingt-cinq ans que la vie ne tenait qu’à un fil, qu’elle était fragile et qu’elle valait le coup d’être vécue. « 

Pensez-vous que le sport a contribué à révéler votre capacité hors-normes de résilience ?

S.H : « J’ai utilisé le sport comme un outil de communication avec moi-même. Après un tel accident, on a un image très dégradée de soi. Petit à petit, on se définit de nouveaux objectifs pour se relever : pour moi, après quinze jours de coma provoqué, c’était simplement d’arriver à mettre une cuillère dans ma bouche sans la mettre à côté. J’avais fait beaucoup de sport étant plus jeune. Sur mon lit d’hôpital on me disait souvent : « Ce n’est pas grave si tu ne peux plus en faire, tu as déjà tellement pratiqué ! ». Sauf que je n’avais que vingt-cinq ans et que, si cela me réconfortait sur le coup, je crois que je ne voulais pas conjuguer au passé mes pratiques sportives.

Pour parfaire ma reconstruction, j’avais besoin de retrouver cette image de moi, enfant, sportif , et même plus exactement sportif de compétition. Plus jeune, je jouais au tennis à un niveau national mais sans être professionnel et je suivais en parallèle des études pour devenir vétérinaire. Après mon accident, j’ai ressenti le besoin de faire  à nouveau du sport. Je suis d’abord devenu un joueur handi-golf et ça n’est que huit ans plus tard que j’ai découvert le tennis-fauteuil, que je ne connaissais pas du tout et que je pensais réservé à des paraplégiques. J’ai alors renoué avec mes premières amours : le tennis. C’est mon fil d’Ariane.  « 

Le chemin est encore long pour faciliter l’inclusion des personnes en situation de handicap dans la vie quotidienne. Selon vous, quelles seraient les actions prioritaires à mettre en place ?

S.H : « La première pour moi, c’est l’accessibilité dans le sens générique du terme : à partir du moment où on arrive à se retrouver ensemble sur un même lieu, je pense qu’on a gagné. C’est l’histoire de l’Humanité : on va à la rencontre des différences et on s’unit autour des différences. C’est le parcours de l’être humain : les Jeux Olympiques Antiques étaient réservés aux hommes Grecs, blancs et riches. Aujourd’hui, tout le monde y participe : femmes, hommes, on court tous ensemble. Je pense que le chemin vers l’inclusion est le même, c’est pour cela que mon cheval de bataille serait d’avoir un sport universel qui puisse être joué par tous et ensemble. Que le tennis fauteuil soit le premier sport candidat aux Jeux Olympiques, et non pas Paralympiques où l’on classifie les gens. »

On parle de l’accessibilité des lieux, qu’en est-il du numérique ?

S.H : « Pour moi, l’accessibilité est un terme général : le web est devenu indispensable dans notre quotidien, il faut donc qu’internet soit accessible à tous. C’est ce qui m’a séduit avec FACIL’iti qui est une solution innovante permettant à une large majorité de personnes d’être inclus au web, de rassembler les personnes. C’est exactement en phase avec mes idées autour de l’accessibilité. »

Vous êtes papa de quatre enfants. Quelles sont les valeurs, les fondamentaux que vous leur transmettez au quotidien ?

S.H : « En premier lieu : croire en soi. Cela se traduit aussi par croire en l’Être Humain. En faisant le tour du monde, on se rend compte que l’Homme n’a qu’une envie : partager, vivre ensemble, malgré les guerres et les luttes. J’ai beaucoup voyagé et partout dans le monde, les gens souhaitent vous ouvrir leur porte.

Je suis aussi attaché au respect et à l’honnêteté : adopter une forme de transparence, ne pas mentir engendre la sérénité. Si vous êtes aligné avec vous-même, vous êtes en paix.« 

L’humilité, c’est également fondamental : nous ne sommes qu’un grain de sable à l’échelle de l’univers, presque rien, une simple poussière. Quand on réfléchit à ces niveaux d’échelles, on est obligé d’être humble.« 

Des objectifs et projets pour 2020 ?

S.H : « Oui : mon premier projet, c’est que je vais me remarier ! (ndlr : l’équipe le félicite chaleureusement). Autour de ce mariage, il y a également des objectifs sportifs pour 2020 qui sont, comme chaque année, les quatre Grands Chelem et bien sûr les Jeux Paralympiques au Japon.« 

Un dernier message à faire passer à nos lecteurs ?

S.H : « Si c’est possible c’est déjà fait. Si c’est impossible, je le ferai. Quand j’ai commencé à jouer au golf après mon accident, on m’avait dit que c’était impossible de jouer avec le type de prothèse que je portais. Avec l’aide d’un ami, on a développé une petite pièce qui permettait la rotation de la prothèse : c’est donc devenu possible. Si vous tenez vraiment à réaliser un projet et que vous vous attelez à la réaliser, tout devient possible. »

L’équipe de FACIL’iti tient a remercier chaleureusement Stéphane pour son témoignage.

Son site internet : https://stephanehoudet.jimdo.com/

FACIL’iti est partenaire officiel de Stéphane HOUDET.

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